Mille petits riens – Jodi Picoult

mille petits riens

Roman de 592 pages à paraître le 7 mars 2018 aux éditions Actes Sud

De quoi ça parle :

Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une em­ployée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer.
Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui.
Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ?
Avec ce nouveau roman captivant et émouvant, Jodi Picoult aborde de front le grand mal américain et nous montre – à travers les petits riens du quotidien, les pas vers l’autre – comment il peut être combattu.

Mon avis:

Jodi Picoult est une autrice que j’adore depuis que j’ai lu Ma vie pour la tienne. D’elle j’ai également lu Pardonne-lui et A l’intérieur. Toutes mes lectures ont été des coups de coeur. Aussi, quand Babélio m’a proposé de découvrir en avant première son nouveau roman, autant vous dire que je me suis précipitée pour postuler et que j’ai sauté de joie quand j’ai su que j’allais le recevoir. Et cette lecture fût un ENORMISSIME coup de coeur.

C’est une lecture dense, difficile émotionnellement parlant mais tellement passionnante.

Ruth est une sage-femme noire qui, depuis 20 ans, aide les femmes à passer le plus agréablement possible (ou tout du moins le moins douloureusement possible) cette étape cruciale qu’est l’accouchement. Elle essaie depuis bien plus longtemps encore de gommer par son comportement exemplaire la couleur de sa peau, espérant que les blancs la considèreront  comme une des leurs. Mais un post-it va changer le cour de sa vie et modifier sa vision du monde dans lequel elle vit.

post it original

Un couple de suprémacistes blancs venu pour mettre au monde leur premier enfant n’ont pas vu la douceur et la compétence de cette femme, ils n’ont vu que la couleur de sa peau et demandé à ce qu’elle ne touche plus jamais à son bébé. Et quand leur bébé décède, ils accusent Ruth d’avoir tuer leur bébé.

« Il n’y a rien de pire que de sortir de l’hôpital sans le bébé que vous étiez censé mettre au monde la-dedans »

Sous couvert du procès au cours duquel le sort de Ruth va être joué, l’autrice nous plonge dans une profonde réflexion sur le racisme. On suit alternativement Ruth, Turk le papa suprémaciste et Kénnedy la jeune maman avocate au service des plus démunis.

Pour Ruth qui toute sa vie durant a essayé de se fondre dans la masse, de ne pas faire de vague, « c’est comme si ce petit post-it dans le dossier de Davis Bauer avait sectionné une artère vitale et qu'(elle) n’arrivait pas à stopper l’hémorragie« . Elle réalise que quoi qu’elle fasse et peu importe qu’elle le fasse encore mieux que les autres, elle sera toujours une femme noire, celle qu’on suit dans les magasins pour vérifier qu’elle ne vole rien. Et le choc est rude. Elle a « libéré un monstre probablement tapi en (elle) depuis des années. Il était là, caché quelque part, attendant que quelque chose vienne ébranler (son) inébranlable optimisme, tranchant ses liens du même coup« . Ses relations avec Kennedy, son avocate vont être l’occasion de montrer ce qu’elle subit tous les jours, d’ouvrir les yeux de cette femme blanche qui « n’accorde aucune importance à la couleur de peau » sur ces mille petites phrases que l’ont dit sans réfléchir, ces milles comportements que l’on adopte, ces « mille petits riens » qui peuvent être pires que d’afficher ouvertement ses opinions raciales.

Parce qu’en opposition à cette vision du racisme « passif », inconscient, l’autrice nous montre, par le personnage de Turk, le racisme revendiqué, assumé, un mode de vie comme une religion. Turk est un personnage qu’on déteste, il a un vilain tatouage sur la crane qui montre clairement ses opinions, on découvre son passé de skinead violent, comment il a rencontré son épouse. Il est horrible… mais c’est aussi un père ravagé par le chagrin d’avoir perdu son bébé, un homme pétri de colère qui veut qu’un coupable soit désigné.

En alternant le point de vue des trois personnages, l’autrice nous offre une histoire dure, profondément psychologique avec des protagonistes extrêmement travaillés, une histoire qui fait réfléchir sur ses propres convictions. C’est captivant, envoûtant tellement on a envie de savoir comment vont évoluer les personnages et comment tout va se finir et on tourne les pages encore et encore. Et l’autrice nous offre un dénouement insoupçonnable, la cerise sur le gâteau. Une histoire qu’il est difficile de quitter tant elle est porteuse de questionnements intérieurs.

Bref, c’est un magnifique roman, une histoire à lire absolument.

Et il est dit dans le communiqué de presse qu’une adaptation cinématographique est en cours avec Julia Roberts et Viola Davis dans les rôles titres…Oh joie!!!!

Merci à Babelio pour ce superbe cadeau dans le cadre d’une opération Masse critique privilégiée

 

 

 

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A l’intérieur – Jodi Picoult

a l'interieur coup de coeur

A l’intérieur de Jodi Picoult publié le 21.01.2016 par les éditions Michel Lafon

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Joëlle Touati

« Quand votre fils ne vous regarde jamais dans les yeux… comment savoir s’il est coupable ?
Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne possède pas le mode d’emploi pour communiquer avec les autres. Enfermé dans sa bulle, il est pourtant d’une intelligence prodigieuse. Un sujet le passionne plus que tout : la criminalistique. Il parvient souvent à se rendre sur des scènes de crime, où il ne peut s’empêcher d’expliquer aux policiers comment faire leur travail. En général, il tombe juste.
Mais lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, l’attitude de Jacob est un signe flagrant de culpabilité pour la police. Pour la mère et le frère de Jacob, l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille ressurgissent brutalement.
Et cette question lancinante, qui ne laisse pas leur âme en paix… Jacob a-t-il, oui ou non, commis ce meurtre ? »

 J’ai découvert la plume de Jodi Picoult avec Ma vie pour la tienne que j’avais beaucoup aimé. L’été dernier, grâce à Little Pretty Books qui en avais parlé sur son blog, j’avais récidivé avec Pardonne-lui que j’avais adoré. C’était officiel j’étais devenue fan et j’en avais tellement fait les louanges lors du club de lecture de ma médiathèque que lorsque son dernier roman A l’intérieur est sorti et a rejoint le fond de la médiathèque (la liste des ouvrages hein pas le fond le fond quoi) la responsable du club de lecture me l’a aussitôt mis en mains … pour mon plus grand bonheur. J’ai SURKIFFE cette lecture.

TOUT, absolument tout, dans ce roman est topissime.

Les personnages sont extrêmement attachants et émouvants. L’auteur, fidèle a elle-même, a apporté un soin particulier à la psychologie et au caractère de ses personnages. Ils sont très travaillés, très réalistes dans leurs comportements.

Le sujet du syndrome d’Asperger dont est atteint Jacob, le héro charismatique et particulièrement drôle (pour la lectrice que je suis, non concernée par cette pathologie et qui n’a pu s’empêcher de sourire à la lecture de certaines de ses répliques), est traité d’une façon très approfondie de sorte à ce que le lecteur appréhende complètement tous les aspects, même les plus difficiles, de cette pathologie.

Notamment, à travers le personnage d’Emma, la mère dévouée corps et âme à son fils, on découvre tous les problèmes que les parents doivent gérer. Entre crises d’angoisse, rituels permanents, absence totale d’empathie (imaginez un fils qui ne vous dit jamais qu’il vous aime) et troubles obsessionnels compulsifs, la vie d’Emma n’est pas facile et malgré toutes les difficultés elle ne renonce jamais et soutient Jacob . Mais jusqu’où l’amour d’une mère peut-il aller?

A travers le personnage de Théo, le frère de Jacob, c’est la relation fraternelle qui est analysée, un thème cher puisque déjà mis en avant dans Ma vie pour la tienne, et les sentiments ce celui qui est « normal » et dont on n’a pas besoin de s’occuper…Difficile de trouver sa place et que faire pour ne pas être « oublié ».

L’intrigue est également bien menée. L’histoire se déroule en alternant les chapitres consacrés à chacun des personnages et permet d’obtenir un rythme régulier et entraînant . Les sentiments de chacun sont bien décrits et permettent au lecteur de suivre parfaitement la logique de l’histoire. L’arrivée de nouveaux personnages dans le déroulé de l’intrigue, très à l’américaine, amène aussi un regard neuf, extérieur sur la situation de Jacob. On découvre ainsi la manière dont sont perçus les « Asperger » et l’incompréhension dont ils sont victimes.

En ce qui me concerne j’avais deviné ce qui s’était passé et je pense que tous les lecteurs habitués à lire des romans policiers seront dans le même cas (notre cerveau tournant à plein régime pour imaginer toutes les hypothèses possibles et résoudre l’énigme). D’ailleurs je ne pense pas que l’intrigue et sa résolution soient le principal objectif de l’auteur, et la rapidité du dénouement me conforte dans cette idée. Mais le fait d’avoir dénoué l’intrigue n’enlève absolument rien au plaisir de lire ce roman, l’envie de savoir si on a raison prend le relais et c’est toujours avec le même intérêt que l’on arrive au bout de sa lecture, ne regrettant qu’une seule chose… quitter ses personnages qui nous ont accompagnés pendant près de 600 pages.

Bref, A l’intérieur est un magnifique roman qu’il est indispensable de lire.